Quand la pensée actionne un bras-robot
Posté par Jean-Luc LEFEVRE le 31 mai 2008
Des singes réussissent à commander par leur seule pensée des bras-robots, à saisir ainsi des aliments et à les manger, grâce à des recherches américaines qui pourraient bientôt servir à des gens paralysés.
Les travaux de l'équipe d'Andrew Schwartz, de l'Université de Pittsburgh (Pennsylvanie), publiés hier en ligne par la revue scientifique britannique Nature, marquent une avancée par rapport aux essais antérieurs, selon les chercheurs.
La différence avec les résultats présentés auparavant par l'équipe, c'est qu'à présent «la tâche - bouger le bras-robot pour contourner un obstacle, saisir la nourriture et la porter à la bouche pour l'ingurgiter - est entièrement réalisée sous contrôle de la pensée», explique Andrew Schwartz.
«Dans les versions précédentes, certaines phases du geste étaient guidées par l'assistance informatique», ajoute-t-il. En outre, le bras robotisé se mouvant en trois dimensions est bien plus performant, et la méthode d'apprentissage a évolué.
Ce type d'interfaces machine-cerveau, dont certaines sont déjà testées chez l'humain, pourrait servir à des personnes paralysées à la suite d'une attaque cérébrale, d'un traumatisme de la moelle épinière, d'une maladie neuromusculaire dégénérative ou frappées du syndrome d'enfermement («lock in syndrome») consécutif à un caillot.
Souvent, la maladie des patients a laissé intactes les parties du cerveau impliquées dans les mouvements. Leur cerveau peut donc produire l'activité qui normalement déclenche les mouvements. La solution consiste à enregistrer cette commande cérébrale, grâce à de fines électrodes implantées dans le cortex (le cortex moteur primaire, dans l'étude), et à la
transmettre au bras robotisé.
Les chercheurs ont ainsi appris en quelque jours à deux singes macaques immobilisés à contrôler par la
pensée le bras robotisé, placé à côté de leur épaule.
Ils espèrent pouvoir tester dans les deux ans sur des
patients une interface cerveau-machine plus complexe -
avec l'implantation d'électrodes -, tandis qu'ils
travaillent déjà sur des bras robotisés plus
sophistiqués encore, notamment au niveau du poignet.
Mais de nombreux obstacles restent à surmonter avant
de pouvoir passer à une large application clinique de
cette technologie, avertit dans un commentaire dans
Nature John Kalaska (Université de Montréal, Québec,
groupe de recherche sur le système nerveux central).
«La fiabilité à long terme des électrodes doit être
améliorée», écrit-il en invoquant des détériorations
observées au bout de semaines ou de mois, alors que
l'on devrait pouvoir compter sur des années de bon
fonctionnement.
Autre problème, les succès de ces techniques demeurent
confinés aux laboratoires à cause du matériel
relativement peu mobile et de la nécessité d'une
supervision constante par un technicien entraîné.
De surcroît, pour une meilleure utilisation du bras,
les sujets doivent par exemple être capables de sentir
et de contrôler la force du geste, pour ne pas écraser
l'objet saisi, explique le spécialiste canadien.
Ces informations sont normalement fournies par les
récepteurs sensoriels de la peau, des muscles et des
articulations.
Les robots devraient être équipés de «capteurs»
équivalents. Cela fait partie des «défis» posés, «mais
qui ne sont pas insurmontables», note John Kalaska








