La formation professionnelle « réussit cette gageure de ne répondre ni aux besoins de ses bénéficiaires ni à ceux des entreprises » (Philippe Séguin, Premier président de la Cour des comptes)
Posté par Jean-Luc LEFEVRE le 2 octobre 2008
L’argent consacré à la formation professionnelle est-il utilisé de manière efficace et efficiente ? « La réponse est sans équivoque. Il faut donc dire les choses telles qu’elles sont : la formation professionnelle, qui consomme chaque année plus de 34 milliards d’euros (plus que le budget de la défense !) ne remplit aucun de ses objectifs les plus fondamentaux ».
C’est sans détour que Philippe Séguin, Premier président de la Cour des comptes, a résumé, mercredi 1er octobre, le rapport de la Cour, consacré à la fois à formation professionnelle initiale (lycées professionnels et apprentissage) et à la formation professionnelle continue. Un rapport qui coïncide avec le début de la négociation sur la formation professionnelle.
Philippe Séguin a pointé un « système à la fois inéquitable, inefficace et très coûteux », arguant que les « les donneurs d’ordre sont excessivement nombreux et se marchent sur les pieds » ; « les circuits de financement inextricables et incontrôlables ». Un système complexe et « opaque » qui dessert, « les bénéficiaires potentiels », qui « n’ont pas la formation dont ils auraient besoin ». Au final, telle qu’elle est conçue, la formation professionnelle « réussit cette gageure de ne répondre ni aux besoins de ses bénéficiaires ni à ceux des entreprises », a ironisé l’ancien Président de l’Assemblée nationale.
Sans surprise, le Premier président de la Cour des comptes a insisté sur le fait que la formation professionnelle profitait d’abord aux plus diplômés, soulignant qu’un « ingénieur ou un cadre a, en moyenne, trois fois plus de chances de se voir proposer une formation qu’un ouvrier non qualifié ». De même, un chômeur accède deux fois moins aux formations professionnelles qu’un salarié.
Des chômeurs, parfois mal aiguillés par les conseillers de l’ancienne ANPE, comme l’a expliqué Philippe Séguin : « le prescripteur (l’ancienne ANPE), n’est pas celui qui finance. Le prescripteur ne connaît donc qu’imparfaitement l’offre de formation -aucune base de données exhaustive n’existe dans ce domaine- et il ne connaît pas les résultats obtenus par les personnes qu’il a orientées. Comment espérer dans ces conditions une prise en charge satisfaisante du demandeur d’emploi ? »
L’iniquité et l’inefficacité du système n’épargnent pas non plus les entreprises et plus particulièrement les plus petites d’entre elles, estime Philippe Seguin. « Les petites entreprises contribuent globalement plus au financement de la formation, via les organismes collecteurs (OPCA) que ceux-ci ne financent de formations à leur profit. Les grandes entreprises, à l’inverse, sont bénéficiaires nettes dans leurs relations financières avec les OPCA. Le système aboutit à la situation choquante dans laquelle les PME financent de facto une partie de la formation des grandes entreprises », a déclaré l’ancien président du conseil d’administration du BIT.
Des entreprises souvent prises en étau entre la compétence des branches professionnelles et celle des Régions : « La loi du 4 mai 2004 relative à la formation professionnelle et au dialogue social, issue de l’accord national interprofessionnel du 20 septembre 2003, a substantiellement renforcé le rôle des branches , tandis que la loi du 13 août 2004 relative aux libertés et responsabilités locales a considérablement étendu les compétences des Régions en matière de formation professionnelle. On se demande encore quelle est la logique de tout cela ».
Et de conclure : « La France a impérativement besoin d’une distribution claire des missions entre les acteurs de la formation professionnelle : Etat, Régions, partenaires sociaux ». Pour ce faire, « il faudra du courage et de la détermination. Et ne pas s’effrayer de la mise en cause de certains tabous. Il faut en réalité non pas se contenter de poser des rustines, mais procéder à une véritable remise à plat ».








Rapport Cour des Comptes