Eléments et critères de choix qualitatif d'une formation

 

ALLER DE L'AVANT N'EST PAS QU'UNE QUESTION DE CALENDRIER !

 

Décembre 2017 s’est écoulé, avec son lot d’annonces politiques et de tensions sociales et professionnelles. Avant de plonger dans 2018 et les défis qu’il nous faudra tenter de relever ; prenons le temps de pointer l’« héritage » de l’année passée. Car 2018 sera l’année de la mise en œuvre de nombreuses réformes, initiées en 2017, soit lancées directement (par ordonnances) soit attendues au terme de négociations largement entamées…

  • De la suppression du RSI à la constitution d’un socle minimal de protection sociale, rapprochant celle d’une majorité d’indépendants de celle des salariés, tout en laissant la liberté à chacun de nous de construire le niveau complémentaire qui lui paraît nécessaire et possible (en constituant un patrimoine, comme l’a fait traditionnellement le « noyau historique » des libéraux, ou selon d’autres approches assurancielles) ; et ce sont sous ces mêmes auspices que l’ouverture de l’Assurance chômage aux indépendants se prépare, que ce soit par une modernisation/extension de la GSC (1) ou tout autre méthode …
  • De l’affirmation croissante du « travail autonome » (2) à celle de l’entreprise comme « lieu de performance et de développement des compétences » à l’occasion d’un grand débat au printemps prochain et d’un projet de loi ambitieux. Celui-ci, s’il va au bout, devrait poser les bases d’un nouveau concept d’« entreprise indépendante », dépassant les segmentations par statuts sociaux et fiscaux et les distinctions encore bien actuelles entre les « libéraux » traditionnels et les « néo-indépendants » des professions émergentes et/ou des métiers de « slashers » comme les nôtres.
  • Surtout, 2018 devrait s’affirmer comme l’« année des compétences », pour peu que la Réforme de la Formation Professionnelle ne s’enlise pas dans les méandres du paritarisme de gestion et des intérêts particuliers.
    Car, comme l’a récemment reconnu Jean Pisani-Ferry (3) « le système actuel est inefficace ; avec trop d’offreurs, pas de transparence et trop de rentes ». Même le bilan de l’Accord National Interprofessionnel de 2013 et de la Loi de 2014 n’est pas fameux : avec une utilisation par les salariés de l’ordre de 1 à 2%, le Compte Personnel de Formation (CPF) ne trouve toujours pas une place meilleure que comme instrument de d’épargne, adossé à un système de certification d’accès compliqué, autant pour de nombreux bénéficiaires potentiels que pour beaucoup d’organismes de formation. Quant à l’exigence de qualité du système, naturelle et nécessaire, elle s’est pour partie diluée dans une liste de labels « à la Prévert ».
    Certes, la création du DATADOCK et la mobilisation de nombreux professionnels pour répondre à ses exigences (4) en 2017 a constitué un levier, une première marche vers l’amélioration continue dont le système de la F.P.C. a besoin. Mais beaucoup reste à faire pour créer la confiance et la transparence …
  • Mettre le développement des compétences et leur accompagnement au cœur des changements, en effet, ce n’est pas « simplement » mettre des sommes importantes dans le retour à l’emploi via la formation – même si ça a son importance ! - et ce n’est même pas revaloriser la formation comme un en soi. C’est concevoir et promouvoir la formation comme un temps d’un « processus d’accompagnement des transformations » des entreprises, collectivités et associations et de leurs besoins en compétences : analyser le travail et les métiers qui changent, diagnostiquer ce qui sera nécessaire à leur émergence ou leur évolution, participer de la co-construction de réponses adaptées avec le management, aider celui-ci à jouer son rôle (y compris dans le développement du tutorat, du monitorat et/ou des fonctions de maître d’apprentissage), accompagner aussi bien les équipes que les personnes et apporter au moment adéquat l’acte de formation ponctuel ou le parcours adapté qui complétera la dynamique d’ensemble des transformations recherchées, en associant intelligemment digitalisation de la formation et présentiel … On voit bien là que l’avenir de la Formation Professionnelle et de notre profession se joue dans cette vision élargie de l’accompagnement de toute la chaîne de valeurs des transformations des compétences, qui fait écho à celles des entreprises et de leur management (et que nous avions mis en avant dès notre BIENNALE d’avril 2017).
  • Le problème qui s’impose à nous, comme organisation syndicale professionnelle, c’est donc d’exprimer les réalités nouvelles des acteurs de ce nouvel éco -système de la Formation Professionnelle, d’aider celles et ceux qui nous font confiance à ne pas rater ce grand rendez-vous et à construire, en réseau collaboratif, les réponses ad hoc qui feront de nous d’indispensables accompagnateurs des compétences.
  • C’est là-dessus qui s’organiseront les partenariats, les rapprochements et les initiatives à promouvoir en 2018 et que la Fédération des CSFC pourra prendre le nécessaire pari de l’avenir.

Au-delà de souhaiter le meilleur de 2018 pour vos affaires, vos proches et vous-même, je formule donc le vœux qu’ensemble nous relevions ces défis, pour le plus grand bénéfice de la profession et des intérêts bien compris de chacun(e) de nous !

 

Bien cordialement
Jacques Faubert, président fédéral

 

(1) La GSC permet aux entrepreneurs et mandataires sociaux de percevoir un revenu en cas de perte d'emploi. En savoir plus sur http://www.gsc.asso.fr
(2) Cf. notamment le « Livre blanc » de la Fondation « Travailler Autrement ».
(3) Ancien dirigeant de FRANCE STRATEGIE et l’un des rédacteurs du programme d’E. Macron, interrogé sur EUROPE 1, le 31 décembre 2017.
(4) Avec le soutien de certains OPCA (comme AGEFOS-PME) ou du FIF PL, s’agissant des initiatives de la CSFC.