Editorial du président fédéral

NE PAS RÊVER D’UNE « LIGNE MAGINOT » ILLUSOIRE ET CORPORATISTE …

¤ Pour la CSFC, la Réforme de la Formation Professionnelle s’est d’abord marquée par les résultats contrastés de l’Accord National Interprofessionnel ; ses avancées (sur le CPF ou le CEP, notamment) étant pour partie occultées par le temps et les moyens consacrés à discuter « tuyauterie ». De ce fait, nous n’avons pas été surpris de voir la Ministre exprimer sa déception que beaucoup de sujet de la « feuille de route » présentée par le gouvernement en novembre 2017 n’aient pas été réellement traités : une réelle simplification de la gouvernance et des dispositifs (y compris de la certification des formations), une « personnalisation » des droits à formation plus audacieuse ou encore une remise en cause de tout ou partie des « intermédiations » de la formation … Ne pas avoir pris ces questions à bras le corps a offert à l’Etat l’occasion d’une reprise en main inédite.

¤ Ceci dit, les propositions « chocs » de la Ministre (de la monétarisation du CPF au fait d’embarquer les nombreuses instances paritaires existantes dans la constitution de l’Agence « France Compétences », en passant par la solidarité obligée envers les TPE-PME ou le passage de la collecte à l’URSSAF) laissent encore de nombreuses questions pendantes : que ce soit pour inciter les entreprises à investir plus et mieux dans les compétences et donner un contenu exigeant à la transformation du Plan de formation en « Plan de développement des compétences » ou pour appuyer les manageurs, souvent démunis, en première ligne dans l’accompagnement des compétences des salariés en place et l’intégration des nouveaux salariés (y compris par la revalorisation des rôles de tuteurs, moniteurs ou maîtres d’apprentissage) ou encore pour faire de l’accompagnement tout à la fois des entreprises et des personnes un enjeu qui dépasse le CEP, fut-il amélioré … C’est d’ailleurs ces questions en particulier que la Chambre syndicale d’Ile-de-France a mis à l’ordre du jour de son Séminaire de printemps le 12 avril 2018, au CISP Kellermann, avec France Stratégie, la DGE, CCI France, AGEFOS PME, ACTALIANS, l’AFNOR et de nombreux professionnels.

¤ S’agissant de la Qualité, nous attendons de la Réforme qu’elle mette de l’ordre dans le capharnaüm des « labels » acceptés au fil de l’eau par le CNEFOP, qu’on ramène à minima le DATADOCK à un usage sensé ( adapté à toutes les strates d’offreurs de formation, même les solo-entrepreneurs) et qu’on se rapproche clairement des règles de « construction de la confiance par l’amélioration continue » qui sont de mise dans le monde des entreprises ; ce qui implique de privilégier la certification par un tiers (et non « entre pairs »), conforme aux règles d’un organisme interministériel , le COFRAC , et de s’adosser, dès leur parution prochaine, aux Normes internationales de l’ISO (qui va prochainement offrir toutes les références utiles tant au management de la formation qu’à la construction des parcours ou l’évaluation en formation…). En tout cas, comme le souligne de nombreux acteurs du développement des compétences (tels qu’Hubert Grandjean, Jean Pierre Willems, Marc Dennery …) il va falloir mieux affronter les nouveaux marchés de la formation « post-Réforme » plutôt que de se replier sur des pratiques et postures anciennes, en rêvant d’une « ligne Maginot » corporatiste illusoire : les « accompagnateurs de compétences » que nous entendons être se doivent d’être au rendez-vous !

 

Jacques FAUBERT
Président de la Fédération des CSFC